Depuis quelques semaines, le débat revient : faut-il rendre le baccalauréat plus exigeant ?
Faut-il durcir les épreuves, renforcer les attendus, relever le seuil de réussite ?
Avant de répondre, il faut d’abord comprendre une question fondamentale :
comment a-t-on pu descendre à un niveau si bas, et pourquoi ?
L’analyse est complexe, mais elle repose sur plusieurs facteurs majeurs qui se sont cumulés au fil des années.
1) Un choix historique : massifier avant de renforcer
À partir des années 1980, la France a poursuivi un objectif politique clair :
amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat.
Ce choix n’était pas mauvais en soi : il a ouvert l’accès à l’éducation pour un nombre beaucoup plus important d’élèves.
Mais il a eu un effet mécanique :
- dilution progressive de l’exigence ;
- programmes allégés ;
- évaluation plus souple ;
- volonté assumée de réduire l’échec.
Ce n’est pas un accident : c’est une orientation de fond, prise dans un contexte où l’on voulait éviter les ruptures de parcours.
2) Des contraintes internes à l’école
Les enseignants ont été pris dans une série d’injonctions parfois contradictoires :
- réussir davantage d’élèves ;
- éviter les redoublements ;
- harmoniser les notes ;
- multiplier les évaluations par compétences ;
- gérer des classes de plus en plus hétérogènes.
Dans ce contexte, maintenir l’exigence initiale est devenu difficile.
L’école a cherché à soutenir, mais parfois au prix de la rigueur et de la clarté des attendus.
3) Des transformations cognitives profondes
Les recherches en sciences cognitives convergent :
ce qui a profondément changé en une vingtaine d’années, c’est le rapport à l’attention.
Quatre phénomènes sont particulièrement marquants :
- effondrement de la lecture longue ;
- exposition quotidienne et prolongée aux écrans ;
- fragmentation de l’attention (notifications, multitâche) ;
- moins d’entraînement de la mémoire de travail.
Les élèves ne sont pas moins intelligents ;
ils évoluent dans un environnement moins favorable à la concentration et à l’effort continu.
4) Une organisation devenue instable
En vingt ans, les réformes se sont succédé :
- réforme du collège ;
- réforme du lycée ;
- réforme du baccalauréat ;
- changements de programmes ;
- modifications du contrôle continu et des épreuves.
Résultat : la lisibilité des attentes s’est affaiblie.
Enseignants, élèves et familles ont parfois du mal à savoir ce qui est réellement attendu à la fin du lycée.
5) Une évolution culturelle profonde
La société a aussi changé de regard sur l’école :
- la difficulté est souvent vécue comme un problème, non comme une étape normale de l’apprentissage ;
- l’école est parfois perçue comme un service, plus que comme une institution commune ;
- la note devient un objectif en soi, au détriment de la maîtrise réelle ;
- l’erreur est moins acceptée comme outil d’apprentissage.
La bienveillance était nécessaire.
L’absence d’exigence ne l’était pas.
La confusion entre les deux a contribué à la baisse du niveau réel.
6) Une baisse réelle, mesurable
Les évaluations internationales (Pisa), les évaluations nationales et les tests d’entrée dans l’enseignement supérieur convergent :
- recul en mathématiques ;
- recul en compréhension écrite ;
- difficultés accrues en expression écrite et en raisonnement.
Il s’agit d’un phénomène progressif sur une vingtaine d’années,
pas d’une crise apparue en deux ou trois ans.
Faut-il rendre le Bac plus difficile ?
Posée ainsi, la question est trompeuse.
Le problème n’est pas la difficulté en tant que telle,
mais la préparation et la clarté du cadre.
Un baccalauréat plus exigeant n’exclut pas par principe.
Il peut au contraire :
- structurer les apprentissages ;
- donner un horizon clair aux élèves ;
- valoriser l’effort soutenu ;
- renforcer la confiance dans la valeur du diplôme.
À condition de accompagner réellement les élèves tout au long du parcours.
L’approche LEPIO : exigence et accompagnement
Dans notre expérience, trois éléments changent concrètement les trajectoires :
- des exercices réguliers, progressifs et méthodiques ;
- une présence humaine : un adulte qui guide, rassure, cadre, encourage ;
- un retour rapide : comprendre l’erreur, refaire, puis réussir.
L’exigence n’a de sens que lorsqu’elle est habitée par de l’humanité.
L’objectif n’est pas de trier les élèves, mais de les élever, de les renforcer,
et de leur donner les moyens de réussir.
Conclusion : l’exigence comme acte de confiance
Relever le niveau du baccalauréat n’est pas une punition.
C’est un acte de confiance.
Confiance envers les élèves, capables de progresser lorsqu’on leur donne un cadre clair et des outils adaptés.
Confiance envers les enseignants, capables d’enseigner la rigueur et la méthode.
Confiance envers l’école, capable de redevenir un lieu d’exigence et de réussite.
Exigence + méthode + accompagnement = progrès durable.